IRAN
Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective
L’Iran est une République fondée sur une Constitution théocratique adoptée après la révolution islamique qui a renversé le Shah en 1979[1]. L’article 12 de la Constitution de la République islamique d’Iran (révisée en 1989) dispose que « la religion officielle de l’Iran est l’Islam de l’école jafarite des douze imams [usul al-Dîn et fiqh], et ce principe restera éternellement immuable ». Cependant, il dispose en outre que : « D’autres écoles islamiques, dont les écoles hanafite, chaféite, malékite, hanbalite et zaïdite, doivent être pleinement respectées, et leurs fidèles sont libres d’agir conformément à leur propre jurisprudence dans l’accomplissement de leurs rites religieux. » L’article 13 reconnaît certaines minorités religieuses protégées : « Les iraniens zoroastriens, juifs et chrétiens sont les seules minorités religieuses reconnues, et dans les limites de la loi, sont libres d’accomplir leurs rites et cérémonies religieux, et d’agir selon leurs propres règles en matière d’affaires personnelles et d’éducation religieuse »[2]. Au parlement iranien, l’Assemblée consultative islamique d’Iran (Majlis), deux sièges sont réservés aux chrétiens arméniens – la plus grande minorité chrétienne du pays (300 000 personnes), de même qu’un siège aux chrétiens assyriens, un aux juifs et un aux zoroastriens[3].
L’État[4] est sous l’autorité du clergé chiite qui gouverne par l’intermédiaire du Rahbar-e mo’azzam-e Irān, le Guide suprême de l’Iran, nommé à vie par une Assemblée des experts composée de 88 membres - des théologiens élus par le peuple pour un mandat de huit ans[5]. Le Conseil des Gardiens, un organe de juristes composé de 12 membres, agit en tant que corps législatif supérieur (six membres nommés par le Guide suprême et six juristes civils nommés par le Conseil judiciaire suprême et élus par le Majlis)[6]. Le Conseil des Gardiens exerce un contrôle sur les lois et les organes de gouvernement de l’État, y compris la présidence, dont le titulaire est élu par un vote direct pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois[7].
En Iran, l’un des principaux obstacles à la pleine liberté religieuse est « l’apostasie ». Le gouvernement considère comme musulmans tous les citoyens qui ne peuvent pas prouver qu’eux-mêmes ou leur famille étaient non musulmans avant 1979[8]. La conversion de l’islam à une autre religion n’est pas explicitement interdite dans la Constitution ou le code pénal iranien, mais elle est difficile, en raison des puissantes traditions islamiques du pays et du système juridique basé sur la charia (loi islamique). Pour toutes les situations non explicitement prévues par la loi codifiée, les juges ont la possibilité, en vertu de l’article 167, de se référer à des « sources islamiques autorisées ou à des fatawa authentiques [fatwas] ». Dans les cas d’apostasie, les condamnations reposent sur la charia et les fatwas, et les peines peuvent inclure la peine de mort[9]. Les convertis au christianisme ne sont pas autorisés à s’enregistrer légalement en tant que chrétiens, et ils ne bénéficient pas des mêmes droits que les membres reconnus des communautés chrétiennes.
Le code pénal du pays contient des dispositions contre le blasphème. L’article 513 dispose : « Quiconque insulte les valeurs sacrées de l’Islam ou l’un des grands prophètes ou [douze] imams chiites ou Sainte Fatima, s’il est considéré comme Saab ul-nabi [comme ayant commis des actes justifiant la peine hadd pour insulte au Prophète], sera exécuté. Sinon, il est passible d’une peine d’emprisonnement d’un à cinq ans ». L’article 514 dispose que « quiconque insulte par quelque moyen que ce soit l’Imam Khomeiny, le fondateur de la République islamique, et/ou le Guide suprême, est passible d’une peine de six mois à deux ans d’emprisonnement »[10].
En février 2021, le parlement iranien a modifié les articles 499 et 500 du Code pénal, élargissant le champ d’application des poursuites contre les chrétiens, en particulier les convertis de l’islam[11]. L’article 499 bis prévoit des peines de prison de deux à cinq ans et/ou une amende pour « quiconque insulte ... les religions divines ... reconnues par la Constitution, et cause ainsi des violences ou des tensions », ou pour avoir établi ou promu des « sectes déviantes » perçues comme des menaces pour la sécurité nationale. Cette disposition a été largement utilisée pour cibler les convertis au christianisme et les minorités religieuses non reconnues, qui sont souvent accusés de propager une « idéologie déviante ». L’article 500 bis criminalise en outre l’utilisation des médias, des plateformes éducatives ou des réseaux sociaux pour diffuser du contenu jugé déviant d’un point de vue idéologique ou confessionnel, notamment lorsque cela est considéré par l’État comme portant atteinte à l’ordre public ou à la sécurité nationale. Ces amendements formulés de manière vague ont facilité la répression de la liberté de religion et d’expression par l’État[12].
Incidents et développements
Le 28 janvier 2023, Anahita Khademi, la femme du prisonnier chrétien Matthias (Abdulreza) Ali-Haghnejad, a été libérée sous caution[13]. Elle avait été convoquée le 3 janvier 2023 pour être interrogée dans les bureaux du service de renseignement à Bandar Anzali, où elle a été arrêtée pour « propagande contre l’État » et « perturbation de l’opinion publique ». Son arrestation suivait celle de son mari, qui avait été arrêté une semaine auparavant, le 26 décembre 2022[14].
En janvier 2023, Abbas Dehghan, un membre de la minorité religieuse des derviches Gonabadi d’Iran, a été libéré après avoir passé presque cinq ans derrière les barreaux[15].
En janvier 2023, un tribunal a condamné le religieux sunnite kurde Seyyed Seyfollah Hosseini à un total de 17 ans de prison, 74 coups de fouet et deux ans d’exil interne à Ardabil, dans le nord-ouest de l’Iran. Il était notamment accusé « d’incitation à perturber la sécurité du pays ». Le tribunal a également déchu Hosseini de son statut clérical[16].
En février 2023, le Pasteur Yousef Nadarkhani a été libéré après des années de prison grâce à une amnistie ordonnée par le Guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, pour marquer la Révolution islamique de 1979[17]. En juillet 2023, selon un rapport de l’organisation CSW, le Pasteur Nadarkhani et le Pasteur Matthias (Abdulreza) Ali-Haghnejad ont de nouveau été confrontés à des accusations de mise en péril de la sécurité de l’État, après qu’un couple de leur Église eut subi des pressions pour les incriminer[18].
En mars 2023, le Rapporteur spécial de l’ONU, Javaid Rehman, a pris la parole lors de la 52ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, exprimant son inquiétude face à de graves allégations concernant des cas de meurtre, emprisonnement, torture et viol, ainsi que des cas de persécution et de disparition forcée en Iran[19].
Depuis l’arrestation de Jina Mahsa Amini, une jeune femme kurde-iranienne, pour non-respect du code vestimentaire, et sa mort subséquente en garde à vue en septembre 2022, la question du hijab reste un sujet hautement controversé en Iran. La mort en détention de cette jeune femme a déclenché des manifestations à l’échelle nationale, qui ont été brutalement réprimées par le gouvernement[20]. Selon l’ONU, environ 20 000 personnes ont été arrêtées et maintenues en détention entre septembre 2022 et février 2023 pour avoir soutenu les manifestants ou participé aux manifestations[21]. En juin 2023, un rapport de l’ONU a affirmé que les membres des communautés minoritaires avaient été ciblés de manière disproportionnée par les arrestations lors des manifestations[22]. En juillet 2023, au moins 12 civils et activistes kurdes ont été arrêtés dans la province d’Azerbaïdjan occidental avant le premier anniversaire de la mort de Mahsa Amini[23].
En mai 2023, l’Iran a exécuté Yousef Mehrdad et Sadrollah Fazeli Zare pour, entre autres, blasphème et insulte à l’islam, au prophète Mahomet et à d’autres valeurs saintes[24].
En mai 2023, trois femmes iraniennes converties au christianisme – Shilan Oraminejad, Razieh (Maral) Kohzady et Zahra (Yalda) Heidary – ont été arrêtées sans inculpations, maintenues en détention et mises au secret dans la prison d’Evin à Téhéran, pendant 40 jours[25].
En mai 2023, les autorités ont libéré de prison les chrétiens Sara Ahmadi et Homayoun Zhaveh suite à une décision de justice rompant avec la pratique antérieure, et statuant que la participation à des rassemblements ecclésiaux à domicile n’était pas illégale[26].
En juin 2023, un complot pour assassiner le religieux sunnite Molavi Abdulhamid a été déjoué. L’homme arrêté dans le cadre de l’incident semblait être un étudiant en religion qui affirmait que le projet d’empoisonnement de l’influent chef sunnite avait été orchestré par les services de renseignement des Gardiens de la révolution iraniens. Le religieux était ouvertement critique envers le gouvernement iranien à propos d’une répression meurtrière qui avait fait environ 100 morts à Zahedan[27]. Le gouvernement a tenté de faire pression sur les responsables de la mosquée Makki de Zahedan, où le religieux prêchait, pour nier la tentative d’assassinat[28].
Plus tard en juin 2023, les forces de sécurité ont arrêté le petit-fils de Molavi Abdulhamid pour faire pression sur le religieux sunnite au franc-parler[29]. Les musulmans sunnites se trouvent en majorité dans la province du Sistan-Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran, mais constituent une minorité dans le reste du pays. En juin 2023, IranWire a rapporté qu’un autre religieux sunnite, Molavi Abdulmajid Moradzahi, avait été maintenu à l’isolement pendant quatre mois sans aucune accusation formelle. L’homme de 63 ans, conseiller de Molavi Abdulhamid, a été arrêté en janvier 2023 lors de manifestations anti-gouvernementales à Zahedan et aurait été soumis à la torture[30].
En juillet 2023, les autorités iraniennes ont lancé une nouvelle campagne pour obliger les femmes à porter le hijab islamique, envoyant la police des mœurs dans les rues 10 mois après la mort de Mahsa Amini au cours de sa garde à vue, ce qui a déclenché des manifestations à l’échelle nationale[31].
En octobre 2023, une jeune iranienne de 16 ans, Armita Geravand, est décédée suite à un incident dans le métro de Téhéran où elle a été blessée lors d’un affrontement avec des agents de la police des mœurs, survenu au motif qu’elle aurait violé la loi nationale sur le hijab, une accusation que les autorités iraniennes rejettent. Après être tombée dans le coma, elle a été déclarée en état de mort cérébrale[32].
En octobre 2023, Arash Moradi, un derviche gonabadi, a été arrêté à Kashan, tandis que ses effets personnels, dont son ordinateur portable et son téléphone mobile, ont été confisqués[33].
Selon un rapport de l’ONG Iran Human Rights basée à Oslo, au moins 834 personnes ont été exécutées en Iran en 2023, soit une augmentation de 43 % par rapport aux 582 exécutions capitales de 2022. Deux personnes ont été exécutées après avoir été condamnées pour des accusations de blasphème, et 39 pour « corruption sur terre » et « Hostilité envers Dieu »[34].
Selon un rapport de l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), les tribunaux ont condamné 115 personnes issues de minorités religieuses à un total de 5 113 mois d’emprisonnement en 2023. Le rapport ajoute que les arrestations de membres de minorités religieuses ont augmenté de 1,4 %, tandis que les peines de détention ont augmenté de 45 %, avec une hausse globale de 48 % des incarcérations par rapport à 2022. La plupart des violations des droits de l’homme contre les minorités religieuses concernaient les baha’is (85 %), les sunnites (11 %), les yarsans (2 %), ainsi que les derviches gonabadi, les chrétiens et d’autres groupes[35].
En décembre 2023, le tribunal révolutionnaire de Téhéran a reconnu coupable Arash Moradi, un soufi gonabadi, de plusieurs chefs d’accusation, le condamnant à une peine totale de huit ans : deux ans pour « trouble à l’opinion publique », un pour « propagande contre le régime », trois pour « blasphème » et deux pour « insulte à l’ancienne et à l’actuelle Cour suprême d’Iran », à purger simultanément[36].
En décembre 2023, un tribunal a condamné les religieux kurdes sunnites Seyyed Soleyman Ahmadi, Younes Nowkhah, Seyyed Jamaladdin Vazhi et Sharif Mahmoudpour à un total de 11 ans de prison. Les religieux ont été accusés « d’actions contre la sécurité nationale » et de « trouble à l’ordre public »[37].
En janvier 2024, les autorités iraniennes ont donné 74 coups de fouet à une femme pour « atteinte à la moralité publique » et lui ont infligé des amendes pour ne pas s’être couvert la tête[38].
La convertie au christianisme Laleh Saati, qui était retournée en Iran en 2017, a été arrêtée en février 2024 pour « avoir agi contre la sécurité nationale en se connectant avec des organisations chrétiennes sionistes ». Le mois suivant, elle a été condamnée à deux ans de prison[39].
En février 2024, Hakop Gochumyan a été condamné à 10 ans de prison pour « avoir participé à des activités de prosélytisme déviantes qui contredisent la loi sacrée de l’Islam », en tant que membre éminent « d’un réseau de christianisme évangélique ». En juin 2024, son appel a été rejeté[40].
Le 20 février 2024, Ebrahim Firouzi, un Iranien de 37 ans converti au christianisme et ancien prisonnier d’opinion, a été retrouvé mort chez lui à Rask, dans le sud-est de l’Iran, des suites d’une crise cardiaque. Ebrahim Firouzi avait subi des arrestations répétées et des emprisonnements en raison de ses croyances et activités religieuses, notamment son implication dans des églises domestiques clandestines et la possession de Bibles. Arrêté pour la première fois en 2011, il avait passé plusieurs années en prison pour diverses accusations, notamment « propagande contre la République islamique » et « actions contre la sécurité nationale »[41].
En mars 2024, Maryam (Marzieh) Khalili a comparu devant le Tribunal révolutionnaire d’Ispahan en étant accusée « d’insulte au guide suprême » et de « blasphème »[42].
En mars 2024, le religieux sunnite Molavi Abdulhamid a appelé les autorités à révéler ce qui s’était passé le 30 septembre 2022 au cours d’un événement désormais connu sous le nom de massacre du vendredi sanglant, qui a causé plus de 100 morts. Une autre manifestation en novembre 2022 a causé d’autres morts dans le comté de Khash[43].
En avril 2024, des cocktails Molotov ont été lancés sur l’ancien mausolée d’Esther et Mardochée à Hamadan, un site archéologique majeur qui est important tant dans les traditions juives que chrétiennes. Le gouverneur de la ville a affirmé que les autorités avaient identifié les personnes impliquées dans l’incident grâce à la vidéo de surveillance, mais que l’identité des instigateurs de l’attaque restait un mystère[44].
En mai 2024, après 14 ans de prison, Khosrow Besharat, un sunnite, a été exécuté pour avoir tué un imam. Selon Iran International, les accusations portées contre lui étaient fausses[45].
En mai 2024, des agents gouvernementaux ont déblayé des rizières appartenant à des Baha’is à Ahmadabad, un village de la province de Māzandarān, les cultures et les bermes d’irrigation étant détruites au cours de l’opération[46].
En juillet 2024, une attaque armée contre un cheikh soufi à Saqqez a entraîné la mort de deux de ses partisans, le cheikh succombant finalement à ses blessures[47].
En juillet 2024, les autorités iraniennes ont exercé une forte pression sur les Juifs iraniens pour qu’ils votent lors de l’élection présidentielle du pays. À cette fin, elles ont mis en place pour la première fois des bureaux de vote spéciaux pour les Juifs et ont organisé des événements de campagne sans précédent pour la communauté juive, avec des représentants des candidats en lice[48].
Reza Rasaei, un Yarsani (un groupe religieux également connu sous le nom de Kaka’i), a été exécuté en août 2024. Il avait été arrêté lors des manifestations de 2022. Les autorités ont forcé sa famille à enterrer son corps en dehors du cimetière de leur communauté, sous haute sécurité[49].
En août 2024, le vieux cimetière baha’i d’Ahvaz a été incendié par des personnes inconnues. Il avait été fermé sur ordre des autorités en 2014[50].
En août 2024, le tribunal clérical spécial de Hamedan a reconnu le religieux sunnite Mamusta Saber Khodamoradi coupable de « propagande contre l’État » et l’a condamné à 15 mois de prison[51].
En octobre 2024, le baha’i Faraz Razavian a été condamné à deux ans et un jour de prison, à une amende de 80 millions de tomans et à une interdiction de cinq ans et un jour d’activités sociales, pour des accusations de promotion du bahaïsme[52].
En novembre 2024, un juif de 20 ans, Arvin Ghahremani, a été exécuté. Il avait été condamné à mort pour avoir tué un homme musulman, agissant en état de légitime défense. Selon l’USCIRF, son procès n’a pas été équitable, et on lui a refusé l’option de payer le prix du sang (diya) parce qu’il était juif. « L’exécution d’Arvin Ghahremani constitue une violation flagrante de la liberté religieuse, démontrant la situation précaire des juifs en Iran malgré leur reconnaissance officielle en tant que communauté », indique le communiqué de l’USCIRF à propos de l’affaire[53].
En novembre 2024, un converti au christianisme, Toumaj Ariankia, a été jugé et condamné pour « propagande contre le régime par le biais de l’évangélisation chrétienne », « collaboration avec des puissances hostiles (Israël, Royaume-Uni et USA) » et « appartenance à des groupes antagonistes au régime ». Sa peine comprend une sentence de dix ans de prison et une interdiction de « toute activité sociale » pendant deux ans[54].
En novembre 2024, des agents de sécurité à l’Université Islamique Azad de Téhéran ont « arrêté violemment » une étudiante qui s’était partiellement déshabillée en signe de protestation contre « l’application abusive » du code vestimentaire en Iran[55]. Selon CNN, le Basij[56], une force paramilitaire bénévole, aurait harcelé l’étudiante sur le campus de l’université, déchirant son foulard et ses vêtements[57]. Elle a finalement été déclarée folle et a ensuite été libérée de l’hôpital sans aucune poursuite légale contre elle[58].
En novembre 2024, les autorités du comté de Khash (province du Sistan et du Baloutchistan) ont demandé à une famille sunnite baloutche de huit personnes de se convertir à l’islam chiite afin d’obtenir les papiers d’identité nécessaires pour accéder aux services et avantages gouvernementaux[59].
En novembre 2024, dans un communiqué de presse, le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI) a déclaré que plus de 1 200 baha’is faisaient l’objet d’une procédure ou avaient été reconnus coupables puis condamnés à des peines d’emprisonnement, en raison de leur foi. Selon le groupe de défense des droits de l’homme, la répression de l’Iran contre la communauté baha’ie s’est intensifiée ces dernières années, en particulier contre les femmes baha’ies[60].
En novembre 2024, un converti au christianisme, Toomaj Aryan-Kia, a été condamné à 10 ans de prison pour « propagation du christianisme »[61].
En décembre 2024, le Président iranien, Massoud Pezeshkian, a suspendu la « loi sur le hijab et la chasteté » avant qu’elle ne prenne effet, en disant qu’elle était « ambiguë et nécessitait une réforme »[62]. Selon cette loi, applicable aux enfants dès l’âge de 12 ans, les femmes et les jeunes filles encourraient de plus grandes peines au cas où elles montreraient leurs cheveux, avant-bras et le bas de leurs jambes, avec des peines de prison allant jusqu’à 15 ans. La loi contient également une disposition qui pourrait être utilisée pour imposer la peine de mort pour « corruption sur terre »[63].
Selon un panel d’experts nommé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le projet de loi constitue une attaque directe contre les droits des femmes et doit être abrogée[64]. En mars 2025, le journal The Guardian a rapporté que l’Iran avait renforcé la surveillance des femmes pour faire respecter les réglementations existantes sur le hijab. Selon le journal britannique, la police iranienne s’appuierait sur la technologie numérique pour arrêter les femmes qui ne respectent pas le code vestimentaire strict du gouvernement[65].
En mars 2025, la police a dispersé une manifestation qui avait appelé à une application plus stricte des règles sur le code vestimentaire en Iran[66]. Les manifestants soutenaient la nouvelle loi sur le hijab, plus stricte, adoptée par le Parlement en septembre 2023[67] et approuvée par le Conseil des gardiens en septembre 2024[68].
En décembre 2024, le Pasteur Matthias (Abdulreza) Ali-Haghnejad a été libéré de prison après avoir purgé une peine de six ans de prison. Il avait été accusé « d’agir contre la sécurité du pays par la formation d’un groupe et la propagation du christianisme en dehors de l’église et au sein d’une église domestique, et par la fourniture d’informations aux ennemis de l’islam »[69].
En janvier 2025, Ghazal Marzban, convertie au catholicisme, a été libérée de prison après avoir purgé un tiers de sa peine. Elle avait été arrêtée en novembre 2024, après avoir protesté contre le harcèlement qu’elle avait dû subir depuis sa conversion au catholicisme sept ans plus tôt. Un juge l’avait condamnée en décembre 2024 à six mois de prison pour « présence dans des lieux publics et à la vue du public sans un hijab religieux » et « propagande contre le régime en scandant des slogans »[70].
En février 2024, un rapport conjoint de quatre groupes de défense des droits chrétiens (Article 18, Open Doors, Middle East Concern, Christian Solidarity Worldwide) a indiqué qu’au moins 166 chrétiens avaient été arrêtés en 2023, contre 134 l’année précédente. Les arrestations « sont survenues par vagues, avec seulement quelques arrestations signalées avant juin [2023], puis plus de 100 au cours des trois mois suivants, avant une nouvelle série d’arrestations à Noël », indique le rapport[71].
Dans l’étude conjointe la plus récente publiée en janvier 2025, les quatre ONG chrétiennes de défense des droits ont rapporté qu’au moins 139 chrétiens avaient été arrêtés en 2024 pour leurs croyances ou activités religieuses, 80 avaient été maintenus en détention, et 77 avaient été inculpés. Environ 18 chrétiens étaient toujours en prison pour leur foi à la fin de 2024. Selon le même rapport, des chrétiens ont été condamnés à plus de 250 ans de prison en 2024, soit six fois plus qu’en 2023[72].
En janvier 2025, l’Iran a annoncé l’arrestation de 13 Baha’is à Ispahan pour avoir fait du prosélytisme auprès de mineurs. Dans un communiqué, l’unité de renseignement des Gardiens de la Révolution a affirmé que les Baha’is arrêtés « agissaient illégalement et promouvaient indirectement leur déviation idéologique en exploitant des enfants et des adolescents »[73].
En mars 2025, le chanteur et musicien Mehdi Yarrahi a reçu 74 coups de fouet pour avoir chanté une chanson en soutien au mouvement de protestation qui avait balayé le pays en 2022-2023, et pour avoir encouragé les femmes à ne pas porter le hijab[74]. En mars 2025, un converti au christianisme, Nasser Navard Gol-Tapeh, a subi un AVC dans la prison d’Evin à Téhéran au 35ème jour d’une grève de la faim qu’il avait entamée en signe de protestation contre la persécution des chrétiens en Iran[75]. Auparavant, cet homme de 63 ans avait passé presque cinq ans derrière les barreaux pour avoir pratiqué sa religion, avant d’être libéré en octobre 2022, pour être de nouveau arrêté en février 2025[76].
Perspectives pour la liberté religieuse
La liberté religieuse en Iran reste sévèrement restreinte. Les chrétiens font face à d’importantes persécutions, et sont souvent accusés de propagande contre le gouvernement et d’actes contraires à la sécurité nationale, ce qui conduit à de longues peines de prison et des interdictions d’activités sociales. Pour les chrétiens, en particulier les convertis, la tendance générale est à une aggravation de la persécution et des sanctions sévères.
Cela est encore plus vrai pour la communauté baha’ie. Pendant la période faisant l’objet du présent rapport, la plus grande communauté religieuse non enregistrée d’Iran a été confrontée à plusieurs vagues d’une sévère persécution. Comme par le passé, le gouvernement iranien a également ciblé la minorité sunnite du pays, avec des arrestations et des exécutions.
Les femmes et les jeunes filles ont été confrontées à une violence accrue au cours de la période faisant l’objet du présent rapport en raison de leur opposition aux lois sur le port obligatoire du hijab, la police des mœurs appliquant la réglementation de manière brutale.
Malgré la libération de certains prisonniers détenus pour des raisons religieuses, la tendance générale des dernières années manifeste des restrictions plus strictes à la liberté religieuse, avec une persécution accrue et des pénalités sévères pour non-respect des lois de la République islamique.
Les perspectives pour la liberté religieuse en Iran restent profondément négatives.
Sources